REDs : quand le déficit énergétique compromet la santé et les performances du sportif
Fractures de fatigue, blessures à répétition, fatigue persistante, perturbations hormonales… Et si le problème ne venait pas uniquement de l'entraînement, mais aussi d'un apport énergétique insuffisant ? Le…
Fractures de fatigue, blessures à répétition, fatigue persistante, perturbations hormonales… Et si le problème ne venait pas uniquement de l’entraînement, mais aussi d’un apport énergétique insuffisant ? Le syndrome REDs rappelle que la récupération et les adaptations physiologiques dépendent autant de la nutrition que des contraintes mécaniques.
Dans le monde sportif, la recherche de performance repose souvent sur trois piliers : l’entraînement, la récupération et la nutrition.
Pourtant, lorsque l’on évoque la nutrition sportive, l’attention se concentre généralement sur les protéines, les glucides ou les stratégies de supplémentation.
Un élément plus fondamental est parfois négligé : l’organisme dispose-t-il réellement de suffisamment d’énergie pour assurer à la fois l’entraînement et l’ensemble de ses fonctions physiologiques ?
Lorsqu’un sportif dépense une quantité importante d’énergie sans compenser suffisamment cette dépense par son alimentation, il peut développer une faible disponibilité énergétique.
Si cette situation devient problématique, elle peut contribuer à l’apparition du syndrome REDs, pour Relative Energy Deficiency in Sport, ou déficit énergétique relatif dans le sport.
Ce syndrome ne concerne pas uniquement les sportives de haut niveau ou les disciplines dans lesquelles la minceur constitue un critère de performance.
Il peut également toucher les hommes, les sportifs amateurs, les coureurs, les cyclistes ou toute personne associant une charge d’entraînement importante à des apports nutritionnels insuffisants.
Pour le kinésithérapeute, le REDs représente ainsi une dimension importante du raisonnement clinique, particulièrement devant des lésions osseuses de stress, des blessures récurrentes, une récupération anormalement lente ou une diminution inexpliquée des performances.
1. Le REDs : bien plus qu’un simple déficit calorique
Pour comprendre le REDs, il faut d’abord distinguer deux notions souvent confondues : la balance énergétique et la disponibilité énergétique.
La balance énergétique compare globalement les apports alimentaires et les dépenses énergétiques de l’organisme.
La disponibilité énergétique s’intéresse à une question différente : quelle quantité d’énergie reste à l’organisme une fois déduite celle utilisée pour l’exercice physique ?
Cette énergie restante doit permettre d’assurer les nombreuses fonctions biologiques : renouvellement tissulaire, fonction hormonale, santé osseuse, immunité et processus de récupération.
La disponibilité énergétique peut être estimée à partir de la formule suivante :
Disponibilité énergétique = (apports alimentaires − dépense énergétique de l’exercice) ÷ masse maigre
Elle s’exprime en kcal par kilogramme de masse maigre et par jour.
Un exemple concret chez un coureur
Prenons l’exemple d’un coureur de 70 kg, dont la masse maigre représente 58 kg.
Il consomme environ 2 200 kcal par jour et dépense 900 kcal lors de ses entraînements.
Le calcul devient :
(2 200 − 900) ÷ 58 = 22,4 kcal/kg de masse maigre/jour
Sa disponibilité énergétique estimée est donc de 22,4 kcal/kg de masse maigre par jour.
Cette valeur est faible au regard des repères historiques utilisés dans certaines recherches.
Cependant, il serait incorrect de diagnostiquer un REDs uniquement sur cette base.
Le seuil souvent cité de 30 kcal/kg de masse maigre/jour n’est pas une frontière universelle entre une situation normale et une situation pathologique.
La réponse dépend notamment du sexe, de la durée d’exposition, de l’intensité du déficit et de la variabilité individuelle.
De plus, les apports alimentaires et les dépenses liées à l’exercice restent difficiles à mesurer précisément en pratique.
Le REDs est donc un syndrome clinique multifactoriel, et non le résultat automatique d’un calcul calorique. [1,2]
2. Pourquoi une disponibilité énergétique insuffisante perturbe-t-elle les hormones ?
L’organisme dispose de mécanismes d’adaptation capables de répondre à une diminution des ressources énergétiques.
Face à une insuffisance persistante, il peut modifier certaines fonctions physiologiques afin de préserver l’énergie disponible.
Ces adaptations peuvent notamment concerner les voies endocriniennes.
La leptine : un signal de l’état énergétique
La leptine est une hormone principalement sécrétée par le tissu adipeux.
Elle intervient dans la régulation de l’appétit et participe à la communication entre les réserves énergétiques de l’organisme et le système nerveux central.
Lorsque la disponibilité énergétique diminue, une baisse de leptine peut être observée.
Cette modification contribue à informer l’hypothalamus que les ressources disponibles sont limitées.
Elle s’inscrit dans un ensemble de réponses biologiques susceptibles de modifier la régulation de certaines fonctions, notamment reproductives.
L’axe gonadotrope : des conséquences chez les femmes comme chez les hommes
Chez la sportive, une faible disponibilité énergétique problématique peut perturber la pulsatilité de la GnRH, hormone hypothalamique qui participe au contrôle de la fonction reproductive.
Cette perturbation peut entraîner des modifications des sécrétions de LH et de FSH, ainsi qu’une diminution de la production d’œstradiol.
Les manifestations possibles comprennent :
- Des cycles menstruels irréguliers.
- Des troubles de l’ovulation.
- Une aménorrhée hypothalamique fonctionnelle.
- Des conséquences potentielles sur la santé osseuse.
Les troubles menstruels constituent des informations cliniques importantes, mais leur absence n’exclut pas un REDs.
Chez l’homme, une disponibilité énergétique insuffisante peut également s’accompagner de perturbations hormonales, notamment d’une diminution de la testostérone.
Une baisse de libido ou d’autres manifestations endocriniennes peuvent alors apparaître.
Ces modifications ne sont ni systématiques ni spécifiques du REDs. [1,2]
T3, cortisol et IGF-1 : quand le métabolisme s’adapte
D’autres hormones peuvent également être concernées.
Une diminution de la triiodothyronine (T3), hormone thyroïdienne impliquée dans le métabolisme énergétique, peut traduire une adaptation à la restriction énergétique.
Une augmentation du cortisol et une diminution de l’IGF-1 sont parfois observées.
Ces changements peuvent contribuer à modifier l’équilibre entre les processus de construction et de dégradation tissulaire.
Ils sont particulièrement intéressants pour comprendre certaines difficultés de récupération et d’adaptation à l’entraînement.
| Paramètre hormonal | Modification possible | Conséquence physiologique |
|---|---|---|
| Leptine | Diminution | Signalisation d’une disponibilité énergétique réduite |
| T3 | Diminution | Adaptation métabolique |
| GnRH, LH, œstradiol | Perturbation | Fonction reproductive et santé osseuse |
| Testostérone | Diminution possible | Fonction reproductive et musculosquelettique |
| IGF-1 et cortisol | Modifications possibles | Équilibre entre anabolisme et catabolisme |
Ces mécanismes ne doivent pas être interprétés isolément.
Un bilan hormonal normal ne suffit pas à exclure le REDs, tout comme une anomalie hormonale ne permet pas, à elle seule, de le confirmer.
3. REDs et santé osseuse : pourquoi le risque de fracture de fatigue augmente-t-il ?
L’os est un tissu vivant en renouvellement permanent.
Son remodelage dépend notamment des contraintes mécaniques, de l’environnement hormonal et de la disponibilité des nutriments nécessaires à son fonctionnement.
L’entraînement stimule normalement les adaptations osseuses lorsque les contraintes sont suffisamment dosées et que les ressources biologiques permettent d’y répondre.
Mais que se passe-t-il lorsque l’organisme ne dispose plus de l’énergie nécessaire à ces adaptations ?
Une faible disponibilité énergétique peut perturber l’équilibre du remodelage osseux, notamment en réduisant la formation osseuse.
Les modifications des hormones sexuelles et de l’IGF-1 peuvent également contribuer à altérer cet équilibre.
Si cette situation se prolonge, elle peut être associée à une diminution de la densité minérale osseuse et à une augmentation du risque de lésions osseuses de stress.
La fracture de fatigue n’est pas toujours une simple histoire de surcharge
Prenons l’exemple d’un coureur présentant des douleurs tibiales récidivantes.
Le raisonnement classique consiste à analyser sa charge d’entraînement, ses modifications de volume hebdomadaire, la progression de ses séances et ses contraintes mécaniques.
Cette démarche est indispensable.
Mais elle peut être insuffisante si le sportif présente simultanément une restriction alimentaire et une faible disponibilité énergétique.
Même une charge d’entraînement relativement habituelle peut devenir problématique lorsque les capacités d’adaptation tissulaire sont compromises.
Le kinésithérapeute doit donc s’intéresser également à la fatigue générale, aux variations pondérales, aux habitudes alimentaires et aux antécédents de lésions osseuses de stress.
Une fracture de fatigue traduit un déséquilibre entre les contraintes imposées à l’os et sa capacité à les supporter et à s’y adapter. Le contexte énergétique peut contribuer directement à ce déséquilibre. [1,4]
4. Récupération musculaire et performance : quand l’entraînement ne produit plus les adaptations attendues
L’entraînement ne suffit pas à améliorer les performances.
Il provoque des contraintes physiologiques auxquelles l’organisme doit ensuite s’adapter.
Ces adaptations nécessitent notamment un apport énergétique suffisant pour soutenir les processus de synthèse et de réparation tissulaires.
Lorsque la disponibilité énergétique devient insuffisante, plusieurs phénomènes peuvent contribuer à limiter cette récupération :
- Une diminution des capacités de synthèse et de réparation tissulaires.
- Une reconstitution insuffisante des réserves de glycogène.
- Des adaptations musculaires moins favorables.
- Une fatigue persistante malgré le repos.
- Une stagnation ou une diminution des performances.
Le sportif peut ainsi avoir l’impression de s’entraîner davantage sans progresser, voire de régresser.
Cette situation peut parfois le conduire à augmenter encore la charge d’entraînement pour tenter de retrouver son niveau.
Or, lorsque le problème concerne également l’insuffisance des apports énergétiques, cette stratégie risque d’aggraver le déséquilibre.
Les glucides jouent-ils un rôle particulier ?
Les glucides représentent une source énergétique particulièrement importante dans les activités d’endurance et les entraînements de forte intensité.
Un apport insuffisant peut limiter la disponibilité des réserves de glycogène et affecter la capacité à soutenir certains efforts.
Il faut néanmoins distinguer une disponibilité glucidique insuffisante d’une faible disponibilité énergétique globale.
Ces deux situations peuvent coexister, mais elles ne sont pas équivalentes.
Un sportif peut présenter un apport glucidique inadéquat sans nécessairement répondre aux critères cliniques d’un REDs.
Inversement, des apports protéiques jugés satisfaisants ne compensent pas une insuffisance énergétique globale. [1,3]
5. Quels sportifs sont particulièrement exposés au REDs ?
Certaines disciplines sportives présentent des contextes qui peuvent favoriser une faible disponibilité énergétique.
Les sports d’endurance
La course de fond, le cyclisme ou le triathlon peuvent associer des dépenses énergétiques importantes à un volume d’entraînement élevé.
La difficulté peut provenir d’apports alimentaires volontairement restreints, mais aussi d’une compensation insuffisante des dépenses, sans intention particulière de perdre du poids.
Les sports esthétiques
En gymnastique ou en danse, la pression exercée sur l’apparence corporelle peut favoriser certaines pratiques alimentaires restrictives.
Les sports à catégories de poids
Les sports de combat et certaines disciplines comme l’aviron peuvent exposer les athlètes à des stratégies de contrôle pondéral susceptibles de devenir problématiques.
Et les sportifs amateurs ?
Le REDs n’est pas réservé aux athlètes professionnels.
Un amateur qui augmente fortement son entraînement tout en cherchant à perdre du poids peut également se retrouver en situation de faible disponibilité énergétique.
Il faut d’ailleurs souligner un point fondamental :
Un sportif peut présenter un REDs sans être maigre, sans avoir un IMC bas et sans perte de poids visible.
L’apparence physique ne constitue donc pas un outil de dépistage fiable. [1]
6. Comment repérer un REDs lors du bilan kinésithérapique ?
Le REDs ne possède pas de signe clinique unique permettant de poser un diagnostic immédiat.
Le consensus du Comité international olympique publié en 2023 propose une démarche structurée à travers l’outil IOC REDs CAT2 (Clinical Assessment Tool, version 2).
Cet outil permet d’organiser l’évaluation clinique et la stratification du risque en tenant compte de différents indicateurs.
Il ne remplace pas le jugement clinique ni l’évaluation médicale.
Pour le kinésithérapeute, l’objectif principal consiste à identifier les éléments pouvant justifier une exploration complémentaire.
Les signes d’alerte à rechercher
Sur le plan musculosquelettique :
- Lésions osseuses de stress ou fractures de fatigue répétées.
- Blessures récurrentes.
- Difficultés de récupération inhabituelles.
Sur le plan de la performance :
- Fatigue persistante.
- Diminution inexpliquée des performances.
- Sensation de stagnation malgré la poursuite de l’entraînement.
Sur le plan nutritionnel :
- Restriction alimentaire déclarée.
- Repas régulièrement sautés.
- Perte de poids rapide ou volontaire.
- Préoccupations excessives concernant le poids ou la composition corporelle.
Sur le plan général et hormonal :
- Cycles menstruels irréguliers ou aménorrhée.
- Diminution de la libido.
- Sensation excessive de froid.
- Infections fréquentes.
- Troubles digestifs ou modifications de l’humeur.
Aucun de ces éléments n’est spécifique du REDs.
C’est leur association, leur évolution et leur contexte qui doivent attirer l’attention.
Quelle attitude adopter face à une suspicion ?
Le kinésithérapeute peut aborder les habitudes nutritionnelles avec tact, sans jugement et sans chercher à établir seul un diagnostic nutritionnel ou médical.
Lorsqu’une suspicion apparaît, une évaluation coordonnée impliquant notamment un médecin du sport et un diététicien-nutritionniste spécialisé est pertinente.
La présence de complications osseuses, de perturbations endocriniennes ou de comportements alimentaires préoccupants renforce cette nécessité.
Le rôle du kinésithérapeute est avant tout de repérer, d’adapter la prise en charge et d’orienter au bon moment. [1]
7. Quelle prise en charge nutritionnelle pour restaurer la disponibilité énergétique ?
Le principe central de la prise en charge consiste à rétablir une disponibilité énergétique suffisante pour soutenir les fonctions physiologiques et les adaptations à l’entraînement.
La stratégie doit être individualisée selon le niveau sportif, l’état de santé, les apports actuels et les éventuelles complications.
Augmenter l’énergie réellement disponible
Selon le contexte, plusieurs adaptations peuvent être envisagées dans le cadre d’un suivi nutritionnel :
- Augmenter les portions alimentaires.
- Introduire des collations complémentaires.
- Améliorer la répartition des repas.
- Adapter les apports aux périodes de forte charge d’entraînement.
- Réduire temporairement la dépense liée à l’exercice.
L’augmentation des apports et la réduction éventuelle de la charge d’entraînement peuvent être associées.
Il ne suffit pas nécessairement de conseiller davantage de protéines ou de compléter l’alimentation par quelques produits de récupération.
C’est l’équilibre énergétique global qui doit être corrigé.
Adapter les glucides à la charge d’entraînement
Les besoins en glucides varient fortement selon la durée, le volume et l’intensité de la pratique sportive.
Les recommandations générales de nutrition sportive présentent des apports pouvant s’étendre approximativement de 3 à 12 g/kg/jour selon les situations.
Ces valeurs constituent des repères généraux et non un protocole thérapeutique spécifique du REDs.
Leur application nécessite une individualisation par un professionnel de la nutrition sportive. [3]
Préserver la santé osseuse
Les apports en calcium et en vitamine D doivent également être pris en considération.
Toute insuffisance identifiée doit être prise en charge de manière adaptée.
Cependant, une supplémentation ne peut pas compenser à elle seule une disponibilité énergétique durablement insuffisante.
En présence d’une lésion osseuse de stress ou d’un risque médical important, une réduction des entraînements, voire une interruption temporaire du sport, peut être nécessaire.
Le choix dépend de l’évaluation clinique et médicale du risque. [1,4]
8. Quelle place pour le kinésithérapeute dans la prise en charge du REDs ?
Le kinésithérapeute occupe une place intéressante dans le repérage du REDs, car il accompagne souvent les sportifs sur plusieurs semaines ou plusieurs mois.
Cette continuité du suivi lui permet d’observer non seulement la blessure initiale, mais également la récupération, l’évolution des performances et l’apparition éventuelle de nouveaux symptômes.
Repérer ce qui dépasse la lésion locale
Une tendinopathie, une douleur tibiale ou une fracture de fatigue peuvent constituer le motif initial de consultation.
Mais le bilan doit parfois intégrer des facteurs systémiques lorsque l’évolution clinique le justifie.
Une fatigue persistante, une succession de blessures ou une récupération anormalement longue peuvent conduire à explorer le contexte nutritionnel.
Adapter les contraintes mécaniques
Lorsqu’un REDs est suspecté, la progression des exercices doit tenir compte du risque identifié et des capacités de récupération du sportif.
En présence d’une lésion osseuse de stress, la localisation et la gravité potentielle conditionnent notamment les restrictions d’impact, le suivi médical et les critères de reprise.
Participer à l’éducation du sportif
Expliquer le lien entre disponibilité énergétique, santé osseuse et récupération permet au sportif de mieux comprendre pourquoi une augmentation de l’entraînement n’est pas toujours la réponse adaptée.
Le message doit rester pédagogique et éviter de renforcer des préoccupations excessives concernant le poids ou la composition corporelle.
Travailler en coordination
La prise en charge peut nécessiter une collaboration entre médecin du sport, diététicien-nutritionniste, kinésithérapeute et autres professionnels selon les besoins.
Une rééducation locale, même parfaitement conduite, risque de rester insuffisante si les facteurs énergétiques qui limitent l’adaptation tissulaire ne sont pas corrigés.
9. Cas clinique : quand une douleur tibiale révèle un problème énergétique
Prenons l’exemple d’un coureur de 24 ans, pratiquant la course à pied six fois par semaine, pour un volume d’environ 80 kilomètres hebdomadaires.
Il consulte pour des douleurs tibiales récidivantes qui perturbent progressivement son entraînement.
Lors de l’anamnèse, plusieurs informations retiennent l’attention.
Depuis trois mois, il rapporte une perte de poids de 5 kg, une fatigue inhabituelle et une diminution de ses performances.
Il explique également avoir volontairement réduit ses apports alimentaires afin d’améliorer son rapport poids/puissance.
Comment interpréter cette situation ?
| Élément clinique | Interprétation possible |
|---|---|
| Environ 80 km de course par semaine | Dépense énergétique et contraintes mécaniques importantes |
| Douleurs tibiales récidivantes | Suspicion de lésion osseuse de stress |
| Perte de 5 kg en trois mois | Restriction énergétique possible |
| Fatigue inhabituelle | Récupération potentiellement compromise |
| Diminution des performances | Adaptations à l’entraînement possiblement insuffisantes |
| Restriction alimentaire volontaire | Facteur de risque de faible disponibilité énergétique |
La première étape consiste à évaluer le risque de lésion osseuse de stress.
Selon les caractéristiques de la douleur et l’examen clinique, une orientation médicale et une adaptation immédiate des impacts peuvent être nécessaires.
Mais le raisonnement ne doit pas s’arrêter au tibia.
L’association d’une restriction alimentaire, d’une perte pondérale, d’une fatigue persistante et d’une baisse de performance justifie également une évaluation du risque de REDs.
Le kinésithérapeute doit donc envisager une prise en charge coordonnée, intégrant une évaluation médicale et nutritionnelle.
Et pour le retour à la course ?
La reprise ne peut pas être guidée uniquement par la disparition de la douleur.
Elle dépend notamment de la localisation et de la gravité de l’éventuelle lésion osseuse, de l’évolution clinique et de la correction des facteurs susceptibles d’avoir contribué à son apparition.
Dans ce contexte, la progression mécanique et la restauration de la disponibilité énergétique doivent être envisagées conjointement.
10. Cinq erreurs à éviter face à un sportif présentant un possible REDs
1. Considérer une fracture de fatigue uniquement comme un problème de surcharge.
La charge mécanique est importante, mais les capacités biologiques d’adaptation du tissu osseux le sont tout autant.
2. Exclure le REDs parce que le sportif ne paraît pas maigre.
Le poids et l’IMC ne suffisent pas à apprécier la disponibilité énergétique.
3. Diagnostiquer le REDs à partir d’une simple formule calorique.
Le calcul de disponibilité énergétique peut aider à comprendre le mécanisme, mais ne remplace pas une évaluation clinique complète.
4. Penser qu’un apport protéique élevé garantit une bonne récupération.
Des protéines suffisantes ne compensent pas nécessairement un déficit énergétique global.
5. Poursuivre la progression sportive sans tenir compte des signaux d’alerte.
Des lésions osseuses répétées, une fatigue persistante ou des manifestations endocriniennes doivent amener à réévaluer la stratégie de prise en charge.
Conclusion : la performance ne se construit pas au détriment de la physiologie
Le syndrome REDs met en évidence une limite fondamentale de l’entraînement sportif : les adaptations ne peuvent pas se produire correctement si l’organisme ne dispose pas des ressources nécessaires.
Une disponibilité énergétique insuffisante peut perturber les voies hormonales, compromettre la santé osseuse, altérer la récupération et contribuer à une diminution des performances.
Pour le kinésithérapeute, cette dimension enrichit considérablement le raisonnement clinique.
Face à des blessures récurrentes ou à une récupération anormalement difficile, l’examen ne doit pas se limiter à l’analyse biomécanique ou à la quantification des charges d’entraînement.
Il doit également intégrer la capacité physiologique du sportif à supporter ces contraintes.
L’enjeu n’est pas de transformer le kinésithérapeute en nutritionniste, mais de reconnaître les situations dans lesquelles le problème dépasse la lésion locale et nécessite une prise en charge coordonnée.
En rééducation sportive, il ne suffit pas de déterminer quelle charge le sportif peut supporter. Il faut aussi se demander s’il dispose de l’énergie nécessaire pour s’y adapter.
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À retenir
- Le REDs correspond à des perturbations de santé et de performance liées à une faible disponibilité énergétique problématique. Il ne doit pas être assimilé à une simple restriction calorique ponctuelle.
- Les modifications hormonales peuvent toucher les femmes comme les hommes. Leptine, hormones sexuelles, T3, cortisol et IGF-1 peuvent être concernés, sans que ces perturbations soient systématiques.
- La santé osseuse représente un enjeu majeur. Une faible disponibilité énergétique peut limiter les adaptations du tissu osseux et contribuer au risque de lésions osseuses de stress.
- La récupération dépend des ressources énergétiques disponibles. Un sportif peut s’entraîner sérieusement et présenter néanmoins une stagnation ou une baisse de performance.
- Le REDs peut exister sans maigreur ni perte de poids visible. L’apparence physique et l’IMC ne permettent pas de l’exclure.
- Le kinésithérapeute joue un rôle important dans le repérage. Blessures répétées, fatigue persistante, modifications pondérales et troubles hormonaux doivent attirer l’attention lorsqu’ils s’associent.
- La prise en charge nécessite une approche multidisciplinaire. La restauration d’une disponibilité énergétique suffisante, l’adaptation des charges et le suivi médical et nutritionnel constituent des éléments essentiels.

Bibliographie
- Mountjoy M. et al. (2023). 2023 International Olympic Committee’s (IOC) consensus statement on Relative Energy Deficiency in Sport (REDs). British Journal of Sports Medicine, 57, 1073–1097. DOI : 10.1136/bjsports-2023-106994.
- Mountjoy M. et al. (2018). IOC consensus statement on relative energy deficiency in sport (RED-S): 2018 update. British Journal of Sports Medicine, 52, 687–697. DOI : 10.1136/bjsports-2018-099193.
- Thomas D.T., Erdman K.A., Burke L.M. (2016). Nutrition and Athletic Performance. Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, 116(3), 501–528.
- De Souza M.J. et al. (2014). Female Athlete Triad Coalition Consensus Statement on Treatment and Return to Play. British Journal of Sports Medicine, 48, 289. DOI : 10.1136/bjsports-2013-093218.