Prendre plusieurs patients en même temps est souvent présenté comme une mauvaise pratique.
À l’inverse, certains considèrent qu’une organisation collective ou semi-collective peut parfaitement s’intégrer dans une prise en charge de qualité.
La réalité est probablement plus nuancée.
La vraie question n’est peut-être pas :
« Combien de patients un kinésithérapeute peut-il prendre simultanément ? »
Mais plutôt :
« Pourquoi cette organisation a-t-elle été choisie ? »
L’économie influence l’organisation
Il faut reconnaître une réalité.
Lorsqu’une activité est rémunérée principalement en fonction du nombre d’actes réalisés, augmenter le nombre de patients permet mécaniquement d’augmenter le chiffre d’affaires.
Et le tarif facturé au patient ne correspond évidemment pas à ce que le kinésithérapeute gagne réellement.
Un patient toutes les 30 minutes : l’équation est vite serrée
Prenons une organisation simple : un patient toutes les 30 minutes au tarif conventionnel.
Cela représente deux actes par heure.
Mais les honoraires encaissés constituent du chiffre d’affaires, pas du revenu disponible.
Il faut ensuite financer :
- le loyer et les charges du cabinet ;
- les cotisations sociales et la retraite ;
- les assurances ;
- le matériel ;
- les logiciels et la comptabilité ;
- la formation professionnelle ;
- sans oublier le temps administratif non facturé.
Une fois l’ensemble de ces charges déduit, ce qu’il reste réellement d’une séance conventionnée peut devenir relativement limité.
Pour obtenir un revenu satisfaisant en conservant un patient toutes les demi-heures, la solution devient alors souvent… de travailler davantage.
Commencer plus tôt, terminer plus tard, multiplier les journées et, pour certains confrères, dépasser largement les 35 heures hebdomadaires.
Une autre possibilité consiste à augmenter le nombre d’actes réalisés sur une même plage horaire.
C’est là que la question des actes en série devient aussi une question économique.
Une contrainte qui peut modifier la pratique
Si une séance individuelle ne permet plus au professionnel d’obtenir le revenu souhaité dans un temps de travail raisonnable, plusieurs solutions apparaissent :
travailler davantage, réduire le temps consacré à chaque patient ou prendre plusieurs patients simultanément.
Le choix d’organisation peut alors devenir autant économique que thérapeutique.
Cela ne signifie pas que toutes les organisations sont justifiées.
Mais comprendre leur origine permet d’avoir un débat beaucoup plus intéressant que de simplement opposer les “bons” et les “mauvais” kinésithérapeutes.
Le véritable enjeu : pouvoir choisir
Le problème n’est donc pas le travail avec plusieurs patients.
La question est plutôt de savoir si cette organisation a été choisie parce qu’elle apporte quelque chose au soin ou parce qu’elle est devenue nécessaire pour maintenir l’équilibre économique du cabinet.
Organiser un groupe parce qu’il est adapté aux besoins des patients n’est pas la même chose que multiplier les prises en charge uniquement pour augmenter le nombre d’actes réalisés.
Dans un cas, l’organisation répond à un objectif thérapeutique.
Dans l’autre, elle répond avant tout à une contrainte économique.
Éviter de culpabiliser les professionnels
Les kinésithérapeutes exercent dans un cadre économique qu’ils ne définissent pas entièrement eux-mêmes.
Les tarifs conventionnels, les charges et le mode de rémunération influencent nécessairement l’organisation des cabinets.
Il serait donc trop simple de considérer que chaque organisation résulte uniquement d’un choix individuel.
La question devrait peut-être être posée autrement :
notre modèle de rémunération conventionné permet-il réellement aux professionnels de consacrer le temps qu’ils souhaitent à leurs patients tout en conservant un revenu satisfaisant et un temps de travail raisonnable ?
À retenir
Prendre plusieurs patients simultanément ne devrait pas être, en soi, considéré comme un problème.
Tout dépend de la manière dont la prise en charge est organisée, de la pathologie et de la raison pour laquelle ce choix a été fait.
L’enjeu n’est pas de défendre systématiquement l’individuel ou le collectif.
Il est de permettre au kinésithérapeute de choisir son organisation pour des raisons thérapeutiques, plutôt que d’y être contraint uniquement pour des raisons économiques.